Trouver des solutions constructives au lieu de scandaliser

Les initiatives phytos sur lesquelles nous voterons le 13 juin prochain placent l'agriculture suisse au centre du débat public. Le sombre tableau que l'on dresse de l'agriculture est avant tout un moyen de créer la polémique et de scandaliser le pays. Il est donc temps de prendre du recul et d'envisager des solutions constructives au profit d'une agriculture durable.

Depuis quelques temps, on constate une augmentation de rapports et de reportages négatifs concernant notre eau potable. Nous sommes confrontés à des articles concernant le dépassement des valeurs limites, les résidus d'antibiotiques trop élevés ou encore la surfertilisation de nos sols. Ces constatations et ces risques doivent être pris au sérieux et contrés par des instruments appropriés. Nous voulons tous une Suisse dotée d'une eau potable et d'une alimentation saine – et personnellement, je ne suis pas prête à me passer de l'une ou de l'autre. Cependant, il est également clair que les initiants utilisent ces rapports à leurs propres fins stratégiques. La polémique qui en résulte est destinée à susciter l'incertitude et la peur – afin de gagner des voix. Malheureusement, les examens minutieux des faits sont trop souvent laissés de côté car leurs résultats sont de loin moins scandaleux et justifient le rejet des deux initiatives qui dépassent manifestement les bornes.

Améliorations significatives réalisées
Les nombreux développements positifs sont ignorés dans le débat : rien qu'au cours des dix dernières années, l’utilisation d'agents chimiques pour l'agriculture conventionnelle a diminué de 40 %. L'utilisation globale des pesticides a également diminué de 27 % au cours de la même période.

Il est important de le souligner : tous les produits phytosanitaires utilisés sont officiellement homologués par les autorités et les contrôles sont constants et stricts. Si, par exemple, un produit phytosanitaire est interdit dans l'UE parce qu'il a été évalué comme dangereux pour la santé, cela a des conséquences directes sur son autorisation en Suisse. L'eau potable est également contrôlée par les autorités et possède l'une des normes les plus élevées en comparaison internationale. Nous pouvons boire notre eau du robinet sans hésitation – aujourd'hui et demain.

La loi sur les denrées alimentaires fixe des normes élevées
Avec la loi sur les denrées alimentaires (LDAI), le législateur met à disposition un instrument pratique pour l'eau potable et les denrées alimentaires. Dans celle-ci, « l'eau destinée à la consommation humaine » est considérée comme une denrée alimentaire. Dans cette loi, la Confédération fixe également des teneurs maximales en résidus pour les pesticides et les nitrates. Si ces teneurs ne sont pas dépassées, les denrées alimentaires, y compris l'eau potable, sont considérées comme sûres pour la santé humaine. Si l'autorité d'exécution détecte des dépassements nuisibles à la santé, l'art. 34 LDAI lui fournit les instruments nécessaires pour prendre des mesures rapides.

Besoin d'action reconnu et révisé
Cependant, les politiciens et les autorités responsables ne se contentent pas des succès ou des normes actuels. C'est pourquoi, l'initiative parlementaire 19.475 « Réduire le risque de l'utilisation des pesticides » par exemple, reprend directement les préoccupations centrales des initiatives. D'ici à 2027, les risques liés aux pesticides pour les eaux de surface, les biotopes et les eaux souterraines utilisées comme eau potable doivent être réduits de 50 % – le Conseil fédéral peut également déterminer la suite des mesures. Si la valeur limite est dépassée, le produit en question perd son autorisation. Il s'agit d'une préoccupation centrale des initiants. Enfin, le « Plan de mesures pour une eau propre », qui définit plus en détail l'initiative parlementaire et qui est actuellement en consultation, montre que le Conseil fédéral prend la question au sérieux.

Les nombreuses mesures qui ont été initiées le montrent : La Confédération et le Parlement prennent la question au sérieux. 

Un autre exemple est le plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires. L'objectif est de réduire de moitié les risques et de promouvoir des alternatives à la protection chimique des cultures. Avec le lancement du Plan d’action Produits phytosanitaires en 2017, les autorités ont déjà retiré l'approbation de nombreuses substances actives. Au printemps, le Parlement a encore renforcé les règles d'approbation des pesticides. Grâce à ce plan d'action, 45% des terres ouvertes et des champs de cultures seront exempts de pesticides dans cinq ans, selon les prévisions du centre de recherche Agroscope de l'Office fédéral de l'agriculture. Il peut être mise en œuvre plus rapidement et plus concrètement que les initiatives phytos extrêmes – et entraîne moins d'effets secondaires indésirables.

PA22+, une opportunité pour l'agriculture suisse
Le PLR a soutenu toutes ces mesures actuellement déjà en place et s'est à nouveau clairement engagé en faveur d'une agriculture plus écologique dans sa prise de position de juin 2019 pour une politique environnementale et climatique libérale. Toutefois, au lieu d'imposer des initiatives extrêmes, le PLR veut atteindre le même objectif avec des conditions cadres et des incitations bien définies, ainsi qu’une ouverture plus large à la technologie et l’innovation. Bien entendu, nous sommes également favorables à la réduction de l'utilisation des pesticides, mais une interdiction totale serait contre-productive. Il y a un manque d'alternatives efficaces dans diverses cultures. Une interdiction totale mettrait en péril la qualité de la production et présenterait un risque élevé de résistance.

Au lieu de scandaliser, le PLR veut investir plus de temps dans le développement de la politique agricole. Un pilier central de ce débat global est la politique agricole pour la période après 2022 (PA22+). Elle s'appuie sur les mesures précédemment prises et doit, d'une part, contribuer à la sauvegarde de l'agriculture suisse et, d'autre part, à la sauvegarde d'une alimentation et d'une eau potable saines. En outre, elle devrait conduire à un renforcement de l'efficacité des exploitations agricoles et à une réduction de la pollution environnementale. Les décisions de production devraient être davantage basées sur la demande des consommateurs, l'auto-responsabilisation et la force d'innovation de l'agriculture. Il est important d’avoir une vision globale de l'orientation future de la politique agricole pour PA22+, avec un examen approfondi des améliorations possibles. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra poser les jalons d'une agriculture suisse tournée vers l'avenir, avec une production de qualité dans un environnement compétitif.

Daniela Schneeberger, conseillère nationale BL