L’utopisme à son extrême menace la recherche

Non à l’initiative pour l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine

Si l’expérimentation animale venait à être totalement interdite en Suisse, les conséquences seraient considérables pour la recherche médicale ainsi que la qualité des soins et de la santé. Dans notre pays, les normes de protection actuelles sont élevées et de réels efforts sont déjà faits pour réduire autant que possible le nombre d’expérimentations animales.

L’initiative entraînerait des conséquences dévastatrices pour la recherche en Suisse. Photo : iStock/Niphon Khiawprommas

L’initiative populaire « Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès » vise à interdire toute expérimentation animale et humaine en Suisse. Le commerce, l’importation tout comme l’exportation de produits pour lesquels le recours à une expérimentation animale ou humaine aura été impliqué directement ou indirectement seront aussi interdits. Cela concerne également les médicaments pour lesquels il n’existe pas d’alternative à l’expérimentation animale. Il suffira qu’une seule étape du processus ait nécessité une expérimentation animale ou humaine pour que le produit soit interdit, que ce soit ou non pour le bien de l’homme. L’initiative considère l’animal comme intouchable et le place au-dessus de la santé humaine. Elle va jusqu’à considérer l’expérimentation animale comme un acte de cruauté envers les animaux, voire comme un crime.

Graves répercussions sur les soins médicaux

En cas d’acceptation de l’initiative, de nouveaux médicaments ne pourraient plus être développés en Suisse, ni importés dans notre pays. En cas de oui, il faut donc s’attendre à une chute au niveau de la qualité des soins. À l’avenir, certains traitements ou médicaments ne seront disponibles qu’à l’étranger. Ceci est aberrant au vu de la qualité de notre système de santé, d’autant plus que cela risque d’encourager le tourisme sanitaire. Tout le monde ne peut d’ailleurs pas s’en offrir le luxe. À titre d’exemple actuel et concret, il aurait été impossible de mettre au point le vaccin contre le COVID-19 sans expérimentation. Avec l’initiative, le vaccin aurait donc été interdit en Suisse, et cela aurait engendré des conséquences sanitaires et économiques encore plus graves.

Le pôle de recherche et d’innovation en danger

La Suisse fait partie des leaders mondiaux en termes d’innovation et de recherche. Si l’initiative est acceptée, notre pays deviendrait peu attractif pour les chercheurs et les investisseurs. La place scientifique suisse et les emplois liés seraient donc menacés. L’industrie pharmaceutique représente à elle seule 46'500 emplois en 2021. À cela s’ajoutent les branches industrielles en amont et en aval, et leurs places de travail. En plus d’interdire toute expérimentation animale, l’initiative veut interdire également la recherche sur l’être humain, ce qui entraînerait des conséquences tout aussi graves sur les essais cliniques et psychologiques, et de la recherche dans le domaine des sciences économiques, sociales et du sport, réalisées avec des êtres humains. Enfin, l’initiative va à l’encontre des accords commerciaux internationaux que la Suisse a signé et doit respecter.

L’objectif : moins d’expériences sur les animaux

La protection des animaux et leur bien-être sont une préoccupation centrale dans la recherche, donc aussi en Suisse. La législation helvétique très stricte en la matière le confirme. De nombreux projets sont menés afin de réduire et de remplacer progressivement l’expérimentation animale. Plusieurs universités, les milieux pharmaceutiques, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires ainsi que la Protection suisse des animaux y contribuent. Avec l’initiative et ses revendications qui mettent en danger l’accès aux soins et par définition la santé de la population, on ne permettrait pas à ces projets d’aboutir. C’est pour cette raison aussi que tous ces milieux sont fermement opposés à l’initiative.

Matthias Michel, conseiller aux États ZG