« Le peuple a confirmé la voie bilatérale à deux reprises depuis trois ans »

Depuis son entrée en fonction en 2019, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a défendu neuf projets en votation. Elle reste fidèle aux priorités qu’elle s’est données : la sécurité et l’emploi. La cheffe du DFJP en ajoute désormais une nouvelle avec le virage numérique.

Madame la conseillère fédérale, vous êtes en fonction depuis maintenant trois ans. Qu’est-ce qui a caractérisé cette période pour vous ?
Avant tout beaucoup de travail…J’ai défendu la position du Conseil fédéral sur neuf sujets de votation. Certains étaient déterminants pour la place économique suisse, comme le rejet de l’initiative de limitation. Dans le même temps, j’ai défendu plus de 50 objets devant les chambres fédérales. Quelques-uns de ces projets étaient bloqués lors de mon entrée en fonction, ou risquaient d’être rejetés, par exemple le droit de la société anonyme ou la loi sur la protection des données.

Vous avez dû défendre neuf projets lors de votations populaires. Comment est-ce possible de faire ça en plus du travail « normal » d’une conseillère fédérale ?
C’était parfois un défi, car j’avais également fort à faire pour diriger mon département et pour le travail dans les commissions. Je tenais aussi – et c’est encore le cas – à m’investir au Conseil fédéral et à peser sur les décisions. Le coronavirus est ensuite arrivé. Le DFJP a joué ici un rôle important, avec l’Office fédéral de la justice. Il fallait par exemple s’assurer que les entreprises puissent tenir leurs assemblées générales à distance, et cela en toute légalité. C’est un exemple très concret, mais vous ne pouvez même pas vous imaginer tous les adaptations réglementaires qu’il a fallu faire pour limiter les conséquences négatives de cette pandémie.

Avec le référendum contre la loi sur les armes, c’est un deuxième pilier des relations bilatérales qui a été remis en question : la coopération en matière de sécurité dans l’espace Schengen.
Effectivement : l’initiative de limitation remettait en question les accords bilatéraux I, en s’attaquant à la libre circulation des personnes. Le référendum contre la directive sur les armes s’en prenait aux accords bilatéraux II, avec Schengen et Dublin. Dans les urnes, le peuple a donc confirmé la voie bilatérale à deux reprises en trois ans. La coopération dans l’espace Schengen est essentielle pour la sécurité de la Suisse. C’est pour cela que je participe régulièrement aux rencontres des ministres de l’intérieur de l’UE et que j’y défends les intérêts de la Suisse.

Un projet important pour la place économique suisse était le contre-projet à l’initiative pour des entreprises responsables. Était-ce la bataille la plus difficile ?
Ce n’était pas évident, avec notamment une campagne au ton particulièrement dur. Mais heureusement, au final, le contre-projet plus pragmatique et en phase avec les règles d’autres pays, a été accepté. L’initiative allait beaucoup trop loin en voulant imposer aux entreprise des règles en matière de responsabilité qu’aucun pays au monde ne connaît.

Vous avez aussi eu à défendre des projets sécuritaires importants.
Oui, par exemple en juin 2021, les citoyens ont dit oui aux nouvelles mesures policières de lutte contre le terrorisme. En décembre dernier, le Parlement a adopté la révision de la loi sur les profils d’ADN, ouvrant la voie à ce qu’on appelle le phénotypage. Il s’agit là, avec la poursuite de la participation à la coopération Schengen, d’éléments importants pour la sécurité de notre pays.

Autre thème de politique de sécurité : la lutte contre la violence domestique. Un sujet qui vous tient particulièrement à cœur. Quels sont vos projets ici ?
La lutte contre la violence domestique et sexuelle fait partie de mes priorités politiques depuis toujours. Au printemps dernier, j’ai lancé un dialogue stratégique entre la Confédération, les cantons et des acteurs de la société civile. La Confédération et les cantons se sont engagés, dans une feuille de route, à prendre les mesures nécessaires. Chacun doit maintenant les mettre en œuvre dans son domaine de compétence.

La compétitivité du pays au sortir de la pandémie sera très importante. Sur quels points faut-il ici agir selon vous ?
Il y a plusieurs leviers. La fiscalité par exemple : le 13 février, nous votons sur la suppression du droit de timbre d’émission. C’est une demande libérale de longue date, qui renforcerait la compétitivité de la Suisse. Un autre thème important est la pénurie de personnel qualifié. Je souhaite ici débureaucratiser l’admission de main-d’œuvre étrangère. Enfin un autre chantier majeur , c’est celui du virage numérique. Mon département gère plusieurs projets dans ce domaine, notamment la nouvelle mouture de l’identification électronique (E-ID) ou la création d’entreprises par voie entièrement numérique. Vous le voyez, entre les questions de sécurité et d’emploi, le DFJP ne manque pas de pain sur la planche…