De la bonne intention à la mauvaise mise en pratique

 

écrit par Filippo Leutenegger, conseiller national ZH

20110308 Une «initiative pour les familles», cela sonne bien. Qui n'a pas envie de soutenir les familles? Mais en y regardant de plus près, on découvre que l'initiative de l'UDC ne va pas seulement entraîner une perte fiscale de 1,4 milliard de francs, mais également remettre en question le système actuel de perception de l'impôt.

 

 

 

Actuellement, les allocations familiales et les déductions fiscales sont accordées sur la base d'un revenu réel. S'il n'y a pas de revenu, il est impossible de déduire de l'argent des impôts. L'initiative pour les familles cherche à inverser ce principe et vise à diminuer la part d'impôts sur des revenus qui n'existent pas, pour des raisons de politique familiale. Cette démarche n'est pas raisonnable.

 

Le projet de l'UDC va à l'encontre du système actuel et présente le risque qu'à l'avenir, le travail bénévole puisse être évalué et décompté comme revenu fictif. Car il n'y a que de cette façon que l'on pourrait véritablement le faire valoir comme déduction d'impôt. De plus, ce sont surtout les parents qui gardent leurs enfants chez eux qui en profiteraient, donc plutôt des familles aisées qui peuvent se permettre un certain mode de vie.

 

Mais l'initiative de l'UDC dissimule aussi une volonté politique qui, grâce à des déductions fiscales, voudrait privilégier non seulement les ménages à deux salaires et pour lesquels la garde des enfants est assurée partiellement ou totalement par des tiers, mais aussi «rétablir l'égalité» pour les familles traditionnelles qui s'occupent de leurs enfants à la maison. Est-ce juste? Au premier abord, oui – mais en creusant un peu, l'initiative de l'UDC aboutirait à une nouvelle injustice fiscale.

 

Actuellement, les familles dont seul l'un des parents travaille sont avantagées, car la garde des enfants à domicile n'engendre pas de coûts externes supplémentaires. Toutefois, une déduction fiscale accordée à ses familles serait comparable à une réduction d'impôt pour les soins à domicile d'une mère malade ou d'une voisine âgée. Ce n'est absolument pas logique – et ce serait par là même un étrange message adressé aux nombreux bénévoles qui fournissent un précieux travail dans tout le pays, sans bénéficier de déductions fiscales!

 

Mais revenons-en aux familles: du point de vue financier, cela ne vaut pas toujours la peine que les deux parents travaillent. Tous les couples n'ont pas la possibilité de faire garder les enfants par les grands-parents, et la garde par une personne dont c'est le métier est souvent coûteuse; jusqu'à 2400 francs par mois, ce qui diminue considérablement le montant du deuxième revenu. C'est pour cette raison que la déduction pour la garde des enfants par des tiers a été mise en place en 2011.

 

Par ailleurs, voulons-nous vraiment éloigner du monde du travail 50% des personnes qualifiées, c'est-à-dire des femmes bien formées et dont l'éducation a coûté cher, en leur offrant des avantages fiscaux? A mon avis, ce n'est pas vraiment une bonne idée: il faudrait alors compenser le manque de personnel qualifié que cela entraînerait, obligeant ainsi les entreprises à faire venir plus de personnel de l'étranger, d'où une augmentation de l'immigration. C'est le serpent qui se mord la queue!

 

Je pense que chaque mode de vie familial mérite le respect. Ma mère ne travaillait pas et était très épanouie dans son rôle de femme au foyer. Ma femme travaille et nous avons toujours réussi à mener une vie de famille harmonieuse. Le manque de structures d'accueil pour les enfants nous a même incités à ouvrir une crèche au début des années 90.

 

Chacun devrait pouvoir choisir librement le mode de vie familial qui lui convient. L'initiative pour les familles de l'UDC privilégie largement le modèle familial traditionnel, et vise ainsi à diminuer la déduction accordée pour la garde des enfants par des tiers, puisque la perte fiscale devrait être compensée.

 

Une perte fiscale qui s'élèverait à 1,4 milliard de francs et qui serait évidemment prise en charge par la classe moyenne, comme toujours. Le 24 novembre, je voterai donc NON à l'initiative pour les familles de l'UDC.