Les conséquences de l'initiative de l'UDC

Interview spécial avec la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter

La soi-disant « initiative pour la durabilité » fait couler beaucoup d’encre. Dans le cadre d'une newsletter spéciale, le secrétaire général du PLR Suisse, Jonas Projer, s'est entretenu avec la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter au sujet des conséquences de l'initiative de l'UDC.

 

Jonas Projer : Chère Karin, le Conseil fédéral rejette l’initiative et met en garde contre de graves conséquences. Les sondages montrent toutefois que le texte a de réelles chances d’être accepté. Pourquoi ?

Karin Keller-Sutter : Je comprends que le thème de la migration préoccupe vivement la population. Beaucoup sont surtout dérangés par la migration illégale dans le domaine de l’asile. Moi aussi. Mais si l’on examine l’initiative de plus près, on constate que le texte vise avant tout les personnes qui viennent en Suisse pour y travailler. La Suisse dépend de la main-d’œuvre étrangère. En raison du vieillissement démographique, nous aurons aussi besoin à l’avenir de personnes qui travaillent chez nous. Le volume d’immigration nécessaire à cette fin — s’il y en a un — dépendra en fin de compte de l’évolution de l’économie. Introduire un plafond fixe priverait notre pays et nos entreprises de toute flexibilité.

Jonas Projer : Dans la brochure de vote, le Conseil fédéral écrit que l’initiative entraînerait des coûts élevés pour la Confédération et les cantons. N’est-ce pas alarmiste ?

Karin Keller-Sutter : Il appartient au Conseil fédéral d’exposer de manière transparente les conséquences de chaque objet. Nos analyses montrent que les conséquences seraient négatives. Cela m’inquiète que, dans une période de grande incertitude, nous mettions en jeu les accords bilatéraux qui ont fait leurs preuves. Ce n’est pas le moment de prendre des risques supplémentaires. Or ces risques existent : si notre économie manque de main-d’œuvre et que l’accès au marché intérieur européen devient plus difficile, cela aura des conséquences. Pour les citoyennes et les citoyens, pour les assurances sociales ainsi que pour les finances de la Confédération, des cantons et des communes.

Jonas Projer : C’est la ministre des Finances qui parle.

Karin Keller-Sutter : Lorsque l’économie faiblit, cela laisse aussi des traces dans les caisses des pouvoirs publics. Il existe un risque que les citoyennes et les citoyens s’en rendent compte à travers leurs impôts et leurs taxes. De par mes anciennes fonctions de directrice saint-galloise de la justice, puis de ministre de la Justice, je sais en outre à quel point la coopération internationale est importante dans la lutte contre la criminalité. Si l’accord de Schengen est remis en question, notre police risque de perdre un outil de recherche important. Il en va de même pour l’accord de Dublin dans le domaine de l’asile : si celui-ci disparaît, le risque existe que nettement plus de requérants d’asile viennent en Suisse.

Jonas Projer : Si l’initiative est acceptée, comment le Conseil fédéral la mettrait-il en œuvre ?

Karin Keller-Sutter : Le Conseil fédéral se prépare toujours à tous les scénarios. Le peuple n’est pas obligé de suivre les recommandations du Conseil fédéral — c’est ce qu’il y a de merveilleux dans notre système. Mais chaque décision a des conséquences, et le Conseil fédéral ne peut pas y changer grand-chose. Personnellement, j’ai encore connu l’époque des contingents. J’ai grandi dans une entreprise de restauration. Les petites entreprises n’étaient pas prioritaires lors de l’attribution de main-d’œuvre qualifiée.

Jonas Projer : Un grand merci pour ton temps précieux — et plein succès pour la suite !